Par un arrêt du 18 février 2016, la cour d’appel de Versailles a relaxé le rappeur Orelsan des poursuites engagées contre lui par plusieurs associations de défenses des droits des femmes, nonobstant le caractère misogyne et violent de nombreuses paroles de ses chansons. La raison de cette relaxe se trouve dans la « distanciation » entre l’auteur et son œuvre qui dénonce une réalité qu’il ne reprend pas à son compte.
J. Englebert, « L’œuvre artistique, ‘miroir effrayant’ de la société – À propos de la relaxe justifiée du rappeur Orelsan », Note sous Versailles, 18 février 2016, Légipresse, 2016, n° 337, pp. 226 et s.
La question soumise à la cour d'appel de Versailles était de savoir si le rappeur reprenait les propos misogynes et violents de ses chansons à son compte ou s'il existait une distanciation non contestable entre celui qui s’exprime et ce qu’il exprime ?
Comme l’humoriste qui reprend les clichés racistes pour exprimer son humour n’est pas, de ce fait, lui-même raciste, dès lors que le second degré n’est pas douteux, le rappeur qui dépeint une certaine société n’insulte pas et n’incite pas à la violence, dès lors que la distanciation entre l’artiste et le sujet de son œuvre ne fait pas de doute. Or, c’est très précisément à cette analyse que se consacre la cour d’appel de Versailles, lorsque les magistrats constatent une distanciation évidente entre le rappeur et « ses personnages » et qu’il « ne revendique pas à titre personnel la légitimité de leurs discours ».