D’abord, « le secret des sources ». Intrinsèquement lié à la liberté d’expression en général et à celle d’informer en particulier, dont il constitue «l’une des pierres angulaires». Ensuite, « les secrets » (secrets des affaires, secrets des services du même nom, secrets bancaires, secrets judiciaires et, last but not least, secrets de la vie privée) que l’on cherche sans fin à imposer à la presse pour l’empêcher de remplir son rôle de chien de garde de la démocratie.
J. Englebert, « Presse et secrets »
in Les secrets professionnels – Approche transversales (dir. I. Boujoukliev)
Actes du colloque organisé par le Jeune Barreau de Charleroi le 23 avril 2015,
Anthémis, 2015, pp. 115 à 158.
Ecoutant l'émission polémique d'actualité « On refait le monde », sur RTL (France), le 10 février 2015, j'ai entendu avec intérêt les déclarations de Pierre Berger à propos de la diffusion par Le Monde d'un article titré « SwissLeaks : artistes, avocats, hommes d'affaires, ces clients français chez HSBC », révélant le nom de quelques personnalités impliquées dans ce scandale.
J'étais à l'époque occupé à rédiger une contribution consacrée à la presse et aux secrets, dans le cadre d'un colloque sur les secrets professionnels.
Les déclarations précitées de Pierre Berger m'ont inspiré quelques développements juridiques sur le droit pour la presse de révéler l'identité des « délinquants fiscaux ». Je suis arrivé à la conclusion qu'au regard notamment de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, Le Monde remplissait parfaitement son rôle de chien de garde de la démocratie en révélant les noms de quelques personnalités pour illustrer l'article litigieux qui visait à démontrer que la fraude fiscale était l'apanage des professions les plus rémunératrices. Par contre, les déclarations de M. Berger – qui malheureusement s'inscrivent dans une certaine tradition – comparant le journalisme d'information à de la délation, traduisent une volonté peu démocratique de nier à la presse le droit d'informer et à l'opinion publique le droit d'être informée, sur des sujets d'intérêt public.
Je livre aux lecteurs ces réflexions qui pourraient nourrir les leurs, notamment sur l'exercice de la profession de journaliste d'investigation.
Dans la première partie de l'étude je poursuis mon analyse du régime du secret des sources en Belgique en analysant quelques questions particulières relatives à ce secret dont certains développements rejoignent des préoccupations actuellement débattues dans d'autres pays spécialement en ce qui concerne les pouvoirs des services de renseignements.
J.E.
