Plus que le développement des infox, c’est la distance que prennent les citoyens avec la réalité qui pose aujourd’hui problème. Certains politiques l’ont parfaitement compris et se sont à leur tour engagés sans vergogne dans la post-vérité. Et une large frange de la population n’y trouve rien à redire. Voilà le vrai défi. Il se pose aux démocrates – politiques, citoyens responsables et médias : comment redonner aux sociétés l’envie du réel ? En s’engageant pour un réel enviable.
« Plus que le développement des infox, c’est la distance que prennent les citoyens avec la réalité qui pose aujourd’hui problème.
Certains politiques l’ont parfaitement compris et se sont à leur tour engagés sans vergogne dans la post-vérité. Et une large frange de la population n’y trouve rien à redire. Voilà le vrai défi. Il se pose aux démocrates – politiques, citoyens responsables et médias : comment redonner aux sociétés l’envie du réel ? En s’engageant pour un réel enviable. En éduquant. Et en se réappropriant les pouvoirs abandonnés à des forces occultes – pour l’essentiel économiques – qui, au contraire, prospèrent avec la post-vérité. Certainement pas en réduisant la liberté d’expression au moment même où chaque citoyen peut enfin se l’approprier. »
La revue du Centre d’Action Laïque, Espace de libertés, consacre un dossier aux « Libertés sur le grill » dans son n° 479 de mai 2019.
Dans son édito, Sandra Evrard expose les inquiétudes qui justifient un tel dossier :
« Nos libertés sont-elles menacées ? Cette interrogation revient fréquemment au sein de la société civile, mais aussi parmi les citoyen.ne.s et démocrates de tous bords. La réponse est nuancée, car ici comme dans d’autres débats, il convient d’éviter l’écueil du « c’était mieux avant » qui, de surcroît, est généralement infondé. Mais l’on ne peut nier une fragilisation d’un certain nombre de libertés, notamment depuis les mesures sécuritaires adoptées suite aux attentats en France et en Belgique. Comme l’affirme Philippe Hensmans, directeur de la section belge d’Amnesty International, au cœur de ce dossier, « sans la vigilance d’organisations de défense des droits humains, nos espaces de liberté seraient considérablement plus réduits ». Et d’attirer également notre attention sur les pressions qui guettent la liberté de la presse, avec des journalistes chaque fois plus malmenés, dans une vile tentation de décrédibiliser les « chiens de garde » de nos démocraties. D’autant plus lorsque l’on sort de nos frontières nationales, là où des gouvernements « forts » ont pris les rênes du pouvoir, affaiblissant les droits fondamentaux que d’aucuns pensaient acquis à jamais. Sans oublier cet ennemi de l’intérieur : notre propre esprit, qui jongle ici avec le concept d’auto-aliénation, là avec un « confort » de façade qui vise à confier notre destin à un homme providentiel. Que celui-ci soit un imposteur populiste niant à tout-va les droits et la légitimité démocratique ne gêne malheureusement pas tout le monde. »
Jacques Englebert a participé à ce dossier avec une contribution s’interrogeant sur l’éventuelle décrédibilisation de l’expression depuis l’avènement des réseaux sociaux : « Paroles, paroles… et crédibilité ». Adepte de la philosophie de Raoul Vaneigem selon laquelle « il n’y a ni bon ni mauvais usage de la liberté d’expression, il n’en existe qu’un usage insuffisant », il expose pour quelles raisons ce n’est pas au moment où chaque citoyen dispose enfin d’un accès à un public indéterminé, via Internet, qu’il s’imposerait de restreindre son expression au motif qu’il pourrait en abuser. Alors même que depuis des siècles le citoyens subissent le mensonge d’État.
Il propose une explication – parmi d’autres – au succès des infox, qu'il trouve dans le désenchantement du réel.
La contribution de Jacques Englebert est en accès libre sur le site du Centre d’Action Laïque.